Diabète : les nouvelles pistes de recherche

 

Comment vaincre le diabète ? Les recherches en cours sur les modes alternatifs d’administration de l’insuline visent à améliorer la qualité de vie des malades. A plus long terme, les médecins espèrent pouvoir les guérir. Des greffes de cellules à la thérapie génique, la diabétologie du troisième millénaire affûte ses armes. Le point sur les pistes actuellement explorées… 

« Pour les diabétiques de type 1, le rêve serait d’éviter les piqûres», indique Gérard Réach (laboratoire Génie biomédical et diabète sucré à l’Inserm, unité 341, CHU Hôtel-Dieu, Paris). Par voie orale, l’insuline est dégradée au cours de la digestion. Les chercheurs expérimentent des formes susceptibles d’être avalées. De minuscules capsules abritant de l’insuline combinée à une autre molécule (un polymère colloïdal) sont testées sur des animaux diabétiques. Quant à la voie nasale, les laboratoires avancent. Toutefois, l’utilisation de sprays à insuline augmente la vitesse d’action de l’hormone : leur emploi serait donc limité, avant un repas ou comme appoint pour corriger une soudaine montée glycémique. Autre axe de recherche : un capteur de glucose produisant un courant électrique proportionnel à la glycémie. «Une sorte de système d’alarme destiné à mimer une des fonctions défaillantes des cellules insulinosécrétrices du pancréas qui est de mesurer à tout instant la glycémie pour régler la sécrétion d’insuline», précise le Dr Réach. Son équipe travaille en collaboration avec l’Université du Kansas (Etats-Unis) et l’Ecole des mines de Fontainebleau à la mise au point d’un système qui serait implanté sous la peau. Le plus proche d’une mise sur le marché, baptisé Glucowatch, se porte comme une montre; il comporte une partie jetable contenant une substance capable d’extraire du liquide à travers la peau et d’en mesurer le taux de glucose.
 

> Des greffes à la thérapie génique
Une autre technique porteuse d’espoirs est la greffe d’îlots de Langerhans, que les chercheurs savent désormais isoler du reste du pancréas. «Il s’agit de gonfler l’organe avec une solution d’enzymes capables de les séparer, de les recueillir, puis de les purifier avec un séparateur de cellules», explique Gérard Réach. Une fois récupérés, ils peuvent être conservés en milieu artificiel ou sous forme congelée. Leur greffe a permis de corriger le diabète chez les animaux. Chez l’homme, une expérience canadienne a été tentée avec succès sur sept patients. Si le résultat semble époustouflant, le recul et le nombre de patients sont faibles. Et il faudra préciser les indications. Autre problème : pour qu’un malade de 70 kg puisse se passer d’injections d’insuline, il lui faudrait 500000 îlots, la moitié du nombre d’îlots présents dans un pancréas. Les méthodes actuelles ne permettent pas d’en isoler autant à partir d’un seul pancréas. Quand on connaît les problèmes pour trouver un donneur d’organe ! Les scientifiques s’orientent donc vers les îlots porcins qui produisent une insuline proche de l’hormone humaine. En France, on prépare des porcs dits EOPS (exempts d’organismes pathogènes spécifiques), mais la crainte de transmettre des virus porcins à l’homme suscite d’énormes réflexions chez les scientifiques et les politiques. Plus lointaine, la perspective d’insérer dans des cellules du foie un gène contrôlant la production d’insuline. Une équipe israélienne du Sheba Medical Center a montré qu’il est possible de modifier ces cellules et de déclencher le mécanisme de synthèse d’insuline dans le foie de souris. Il faut maintenant passer aux cellules humaines. 

 
> Vers des traitements mieux ciblés
Pour les diabétiques de type 2, on étudie  des sensibilisateurs à l’insuline, des agents luttant contre la résistance des tissus cibles à l’action de l’hormone. Parmi eux, la 4-hydroxy-isoleucine, un acide aminé isolé des graines du fenugrec, une légumineuse de Méditerranée et d’Asie, dont l’intérêt insulino-stimulant a été montré par des chercheurs montpelliérains. Le GLP1  (un dérivé du glucagon), le vanadium (un métal) et une molécule extraite d’un champignon d’Afrique sont également insulinostimulants. La génétique du diabète de type 2 n’a pas permis d’identifier tous les déterminants génétiques de la maladie mais elle a éclairé les scientifiques sur les mécanismes du contrôle de la glycémie, «surtout de l’insulinosécrétion», précise Philippe Froguel, (département de génétique humaine, CNRS, Institut de biologie, Institut Pasteur de Lille). Ainsi, la mise en évidence du nombre de cibles thérapeutiques potentielles pourrait faciliter la mise au point de médicaments plus ciblés, donc plus efficaces. Tout l’enjeu de la diabétologie est de passer du collectif à l’individu

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